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27 décembre 2010

Jour 1 - Saint-Denis à Val Fleury

Profil du jour (cliquez pour agrandir)
C’est parti. C’est parti pour une randonnée d’environ 130 km qui va m’emmener en 11 étapes de Saint-Denis jusqu’à Saint-Joseph par les Hauts de l’île, traverser les trois cirques, grimper 9000 mètres et en descendre tout autant.

Ce projet s’est décidé un peu à la dernière minute. Je caressais cette idée depuis plusieurs mois et l’opportunité s’est présentée il y a moins de deux semaines quand j’ai renoncé à aller passer mes vacances de fin d’année à Madagascar.

Départ du sentier
La préparation fut longue, la difficulté principale étant l’obligation de réserver les gîtes d’étape. Celui où je suis arrivé en après-midi fut le dernier à trouver. En fait, j’ai dû prendre ma moto la semaine dernière pour venir sur place et trouver cet endroit. Il est superbe. Jean-Pierre Coffe a même baptisé la propriétaire de l'endroit, "l'impératrice du pâté créole". C'est pour dire que la nourriture est à l'image du décor. L’Auberge Val Fleury est perchée entre le dernier village du Brûlé, au-dessus de Saint-Denis, et Mamode Camp. J’y suis arrivé vers 13h30 et, pour me remettre de cette première journée, je suis passé alternativement du sauna-hammam au spa.

Le départ ce matin a été rendu possible grâce à Richard, ami et voisin de palier, ancien pilote de chasse et plongeur émérite, comme tous les plongeurs qui ont suivi la formation commando française CMAS, rien à voir avec ma formation PADI, vue avec énormément de condescendances par tous les plongeurs français. Mais ma fou, je n’ai pas l’intention d’envahir l’Afghanistan par la mer, ni d’aucunes autres façons d’ailleurs.

Richard m’a déposé au départ du sentier et là, oh désespoir, oh coquin de sort, je me suis aperçu que j’avais oublié mon zoom Nikon. Une fois de plus, Richard s’est gentiment proposé de venir le déposer à Grand Ilet où je dois passer après-demain. Ça me fera juste un kilo de plus à transporter. Je m’étais promis de ne pas dépasser les 15 kg, mais je suis déjà à plus de 16. J’avais fait le tour des Annapurna en un mois avec moins que ça. Il faut dire, qu’à l’époque, je ne transportais ni ordinateur, ni GPS et que j’étais… disons… plus jeune de quelques mois.

J’ai bénéficié d’un temps superbe en prenant le sentier un peu avant 9h00. Le début est un peu escarpé et on chemine au milieu de benjoins, camphriers et autres essences. La température n’est jamais montée au-dessus de 30° et était même descendue à 25° en arrivant ici. Pas mal de monde sur la première portion jusqu’au village du Brûlé : des sportifs qui s’entrainent probablement pour la Diagonale des Fous, des retraités qui font une partie de la montée, des enfants qui descendent jusqu’à Saint-Denis, des femmes par deux qui font du jogging et un couple avec un chien qui n’a rien trouvé de mieux que de venir me mordre le talon en traitre et par derrière. J’avais mon bâton à la main et je me suis promis que s’il essayait une seconde fois, ça serait la dernière de sa vie de roquet. Il a dû comprendre mes intentions, car il ne s’y est pas risqué à nouveau.

Vue de Saint-Denis
Même si la température n’était pas très élevée, j’ai sué tous les excès des repas du Réveillon et du jour de Noël. La transpiration avait une odeur de foie gras, de saumon fumé, de magret de canard, de bûche avec quelques relents de Bordeaux, Bourgogne et Champagne. J’espère que les deux litres d’eau que j’ai engloutis au cours de cette montée ont éliminé ce trop-plein… et ceux à venir.

J’ai également rencontré un petit tangue. C’est un petit mammifère terrestre originaire de Madagascar qui ressemble au hérisson commun. Il a été introduit dans plusieurs îles de l'Océan Indien, comme La Réunion, en tant que source de nourriture. Un Créole s’est arrêté pour l’observer pendant que je prenais des photos et il m’a dit que bien qu’il empruntait ce sentier depuis des années, c’était la première fois qu’il en voyait un. Il m’a expliqué comment le faire cuire en me précisant que c’était plus fort que la viande de sanglier. Le sanglier je connais, mais je doute que ça soit plus fort que la viande d’ours.

Forêt de bambous
Juste avant de déboucher dans le village du Brûlé, j’ai traversé une magnifique forêt de bambous. Les tiges se rejoignaient au sommet pour former un tunnel de verdure asiatique. Le début du village est marqué par une case créole abandonnée avec une feuille de zamal dessinée sur une des portes. Je pense que sa consommation ici doit être élevée. Je me suis arrêté à la buvette du village pour commander une bouteille d’eau. La demi-douzaine d’hommes assis sous la varangue avait renoncé à l’eau depuis quelques générations. Trois d’entre eux s’échangeaient une bouteille de Rhum Charrette et les trois autres devaient en être à leur deuxième six-pack de la matinée.

Les nuages sont apparus et l’indicateur barométrique de ma montre de randonnée a commencé à chuter. J’ai préféré poursuivre en direction de l’auberge avant qu’il pleuve. Cette dernière partie du trajet s’est faite sans rencontrer âme qui vive, sauf si on considère que les chiens ont une âme, ce dont je doute fortement.

Maison créole
Le sentier passe derrière l’auberge et j’ai décidé de couper à travers la végétation pour m’éviter de faire un détour. J’aurais pas dû. L’endroit est au milieu d’un parc naturel protégé en plusieurs endroits par des fils barbelés. Je ne pouvais ni passer en dessous ni passer entre, je suis donc monté avec mon barda sur le premier fil, ... le second, et... le troisième n’a pas supporté le poids et à cédé. J’ai senti la douleur dans la cuisse, mais j’étais trop occupé à récupérer mon bâton pour y prêter attention. C’est en me déshabillant pour prendre ma douche que je me suis rendu compte que la jambe arrière de mon pantalon était couverte de sang en plus d’être déchirée. L’entaille à l’arrière de la cuisse est d’une quinzaine de centimètres. Heureusement, elle n’est pas profonde. Et le pire, c’est que ce n’était même pas un raccourci. J’étais séparé de l’auberge par une ravine et j’ai dû la contourner par le bas pour la remonter de l’autre côté. En voulant raccourcir cette fin de trajet… je l’ai rallongé du double.

J’ai pensé que cette blessure m’empêcherait de me plonger dans le jacuzzi, mais la température de l’eau n’a rien à voir avec les sunto ou onsen japonais dont la température se situe rarement en dessous de 40°. Celle-ci ne devait pas excéder les 35°. Je suis donc passé au sauna. Là encore, l’aiguille du thermomètre s’était arrêtée à 60°. J’ai remonté le thermostat et j’ai passé une vingtaine de minutes à me faire masser par les jets d’eau du jacuzzi. Quand je suis retourné dans le sauna, la température était montée à 90°. J’ai sué à grosses gouttes pendant encore une quinzaine de minutes et je me suis précipité sous la douche glacée. J’ai pensé que si le cœur tenait le coup, j’étais bon pour marcher une journée de plus demain. Pour l’instant, il tient.

P.-S. Il est peu probable que je puisse avoir accès régulièrement à Internet. Je vais donc poster les comptes-rendus quotidiens chaque fois que j’aurai la possibilité de me connecter.

2 commentaires:

Unknown a dit…

Alors te voilà sur le chemin ....
Nous la neige est toujours présente et cela me réchauffe de lire ton récit..
A bientot prend soin de toi
STEPHANIE

michele a dit…

j'espère que tu es vacciné contre le tétanos...
Bon réveillon au milieu de la nature.