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| Profil du jour (cliquez pour agrandir) |
Maudite descente. Ce n’est pas possible une descente pareille. Ce n’est pas humain. Ce n’est même pas animal. La preuve, c’est que je n’ai rencontré aucun chien sur cette foutue descente. Pas folles ces bêtes-là. Pas d’âmes mais pas folles. Elles ne s’aventurent pas dans des endroits pareils.
Et pourtant la journée avait plutôt bien commencé. Levé à 6h00, petit déjeuner rapide à 6h30 et départ à 7h00. J’ai commencé à monter les presque 400 mètres vers la Roche Écrite tranquillement, sans me presser, sur le sentier qui quitte la tamarinaie peu après le gîte pour pénétrer dans les branles, une espèce de bruyère arborescente endémique de l'île.
Cette montée se fait sur de larges dalles de lave. J’ai laissé sur ma droite un sentier faisant un détour vers la Mare aux Cerfs où des cerfs de Java, assez nombreux à la Plaine des Chicots, viennent s’y abreuver. Ils furent amenés à La Réunion vers 1750 par des navigateurs européens soucieux d’y conserver un garde-manger sur la route des Indes. Je n’en ai vu aucun ce matin-là pour mettre au menu du jour, et j’ai continué l'ascension en laissant à gauche le sentier donnant accès à la Caverne Soldats.
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| Plaine des Chicôts |
Cette montée se fait sur de larges dalles de lave. J’ai laissé sur ma droite un sentier faisant un détour vers la Mare aux Cerfs où des cerfs de Java, assez nombreux à la Plaine des Chicots, viennent s’y abreuver. Ils furent amenés à La Réunion vers 1750 par des navigateurs européens soucieux d’y conserver un garde-manger sur la route des Indes. Je n’en ai vu aucun ce matin-là pour mettre au menu du jour, et j’ai continué l'ascension en laissant à gauche le sentier donnant accès à la Caverne Soldats.
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| La Roche Écrite |
Deux heures après être parti, j’atteignais enfin le sommet de la Roche Écrite à 2280 mètres, couverte d’inscriptions, d’où son nom, un promontoire surplombant le vide avec une vue dégagée qui m’a permis d’embrasser du regard les principaux sommets de l'île avec, loin à gauche, le Mazerin et le plateau de Bélouve, en contrebas Salazie et tous ses écarts entourant le Piton d'Anchaing. Juste en face le Piton des Neiges, le plus haut sommet de l’île, et le Gros Morne. Au loin la vue portait même jusqu’au Volcan de la Fournaise situé à près de 40 km plus au sud. Une vue panoramique magnifique, une des plus belles, voire même la plus belle de l’île.
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| Panorama depuis la Roche Écrite |
Rien que le fait de descendre de l’escarpement sur les fesses pour emprunter ce fichu sentier m’a presque fait regretter ma décision. Je me suis alors dit que j’allais poursuivre quelques mètres et, si jamais cela devenait trop dangereux, il serait toujours temps de faire demi-tour. Pour les trente premiers mètres, la falaise était à droite et le précipice à gauche. Comme j’ai le vertige et que je ne vois que de l’œil droit, j’aurais préféré que ce soit l’inverse. J’ai bien essayé de fermer partiellement l’œil gauche, mais là c’était vraiment courir au désastre. Les câbles le long de la corniche sont apparus rapidement. Mais les rayons du soleil les frappant directement, ils étaient rendus aussi brulants que de la lave. Il fallait choisir : tenir le câble et se bruler les paumes des mains pour éviter la chute ou ne pas le tenir et la précipiter.
J’ai fait une grosse partie du début de cette descente sur les fesses en passant d’un rocher à un amas de pierres. Le sentier n’avait de sentier que le nom. J’ai pensé au gardien du gîte et j’ai imaginé qu’à chaque fois qu’il l’empruntait pour aller voir sa famille, il devait certainement se métamorphoser en chèvre ou plus précisément en bouquetin. Je le voyais bien courir le José, sauter d’un rocher à l’autre, faire des bonds pour éviter un petit éboulement et descendre les parties les plus difficiles en freinant de ses quatre sabots. Ensuite j’ai pensé à Christian, l’ami qui m’avait dessiné ce parcours. Jusqu’à aujourd’hui je le considérais comme un ami et je me suis mis à m’imaginer qu’il avait planifié son coup de manière très édifiante : les deux premiers jours avaient été cools, j’avais été mis en confiance, baissé ma garde, relaxé, et là, sans prévenir, pan ! Zig et Zag. Le crime parfait. Ni vu ni connu. Si j’arrivais vivant en bas, il allait entendre parler de moi le Christian.
La troisième personne à qui j’ai pensé a surgi brutalement de l’escarpement d’une faille dans la falaise à laquelle j’étais cramponné. C’était une petite statue de la Vierge Marie, d’une vingtaine de centimètres, entourée de quelques fleurs en plastique et de morceaux de chandelle noircis. En fait, je n’ai pas su trop quoi en penser : mauvais signe ou signe encourageant de protection ? Allez savoir. J’ai penché pour l’aspect positif du message. Ça m’a redonné courage. C’était sans compter sur le personnage suivant. Celui-là avait participé à la Diagonale des Fous en 2002 et cette participation avait été sa dernière. Il avait chuté à cet endroit et une plaque commémorative à sa mémoire avait été scellée dans la roche. Si des gars super entraînés sur ce type de sentier y trouvaient parfois la mort, que faisais-je ici ?
Le dernier personnage à apparaître était lui fait de chair et d’os. C’était un guide pays accompagné de six jeunes Réunionnais dans le milieu de la vingtaine. Je lui ai posé la question pour savoir si la montée qu’ils accomplissaient était plus difficile que la descente que j’effectuais. Sa réponse a fini par me démoraliser pour le restant de la descente : « Autant la montée que la descente est difficile, mais c’est bien plus que difficile, c’est très dangereux. » J’ai hésité une seconde en me demandant s’il n’était pas préférable de m’accrocher à leurs basques et de remonter ce fichu sentier plutôt que de continuer cette descente absurde. J’ai un petit côté têtu. J’ai repris la descente.
J’ai regardé ma montre, un peu plus d’une heure s’était écoulée. J’ai regardé l’altimètre, j’étais descendu d’à peine 200 mètres. À ce train-là, j’en avais pour au moins cinq heures. J’ai su plus tard que ce sentier avait était ouvert par des habitants du cirque de Salazie pour aller vendre leurs goyaves à Saint-Denis. Je les soupçonne d’avoir été pressés dans les derniers mètres d’aller prendre une bière au chef-lieu et d’avoir bâclé rapidement le restant en ligne droite. De plus, le soleil était maintenant au zénith et la température était montée à 34° au thermomètre à l’ombre sous mon sac. J’avais déjà vidé plus de la moitié de ma bouteille d’eau. Impossible d’en trouver avant d’arriver en bas. Et cerise sur le gâteau, la végétation se limitait à quelques buissons rachitiques, sans ombre protectrice pour me mettre à l’abri et me rafraichir quelque peu.
Heureusement, moins d’une heure plus tard, des arbres au feuillage très fourni ont commencé à faire leur apparition. La température s’est immédiatement rafraichie de quelques degrés. Par contre cette fraicheur s’est vue contrebalancer par les douleurs physiques : le vertige m’avait mis les jambes en coton, la descente avait transformé mes genoux en compote, le sol rocailleux m’avait mi les plantes des pieds en feu et les courroies du sac me sciaient les épaules. Bref, ce n’était pas la forme.
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| Vue sur Grand Ilet à mi-pente |
À 14h15, quatre heures après avoir commencé cette foutue descente, je me suis finalement assis à la terrasse d’une boutique juste en face de la magnifique église Saint-Martin de Grand Ilet pour vider une Dodo, la bière locale bien méritée, pour me remettre de cette effrayante descente. Le gîte était très proche et j’y étais à peine arrivé que j’ai eu le plaisir de voir surgir Richard venu en voiture m’apporter le zoom Nikon que j’avais oublié le jour du départ, plus un pantalon pour remplacer celui dont une partie était restée accrochée dans les fils barbelés la première journée. Nous avons immédiatement décidé de fêter ces retrouvailles devant deux nouvelles bières bien fraiches.






1 commentaire:
QUELLE DESCENTE !!!!
et je ne parle le pas de la bière...
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