Pages

Share |

01 janvier 2011

Jour 6 - Roche plate à Marla

Profil du jour (cliquez pour agrandir)
Le petit déjeuner s’est pris en compagnie du couple avec qui j’avais fêté le Réveillon la veille et qui remontait au Maïdo pour récupérer leur voiture pour rentrer chez eux à Saint-Denis. Nous nous sommes installés sur un petit terre-plein dominant tout le cirque de Cilaos sur lequel le soleil se levait lentement. Ce premier jour de l’année 2011 commençait très bien.

J’ai commencé ma marche par une belle petite montée d’une Tour Eiffel dès la sortie de l’ilet de Roche Plate. Rien de tel pour commencer l’année et se mettre en forme. Les douleurs aux cuisses avaient presque toutes disparu, ne restaient plus que celles de la plante des pieds et de certains orteils : pas d’ampoules, uniquement des points d’appui assez douloureux.

Cette première partie de la journée s’est faite au pied du rempart du Maïdo en traversant un paysage très aride. Ce plateau qui s’étire entre rempart et rivière fut parmi les premiers refuges de Noirs marrons qui, depuis les habitations de la côte de Saint-Paul, s’enfuyaient en passant par le Maïdo (terre brulée) pour descendre par des sentiers vertigineux se réfugier dans le cirque de Mafate. Ils s’organisèrent et créèrent même un début d’organisation politique en se donnant des chefs ou rois selon la tradition malgache, car le marronnage était plus particulièrement le fait de Malgache. La légende prétend que les grands rois marrons se réunissaient sur le sommet plat du Bronchard pour tenir leurs conciliabules. De là, ils surveillaient la Brèche d’où pouvaient survenir les « chasseurs de Noirs ». Lorsque ces anciens esclaves s’enhardissaient à faire des descentes sur les habitations de la côte pour se procurer de la nourriture, des armes, des outils ou des femmes, les colons montaient des détachements et lançaient contre eux de sanglantes expéditions. Ces raids eurent comme autre conséquence la découverte du cirque où, quelques décennies plus tard, des « Petits Blancs » à la recherche de nouvelles terres s’y fixèrent eux aussi plus ou moins clandestinement.

Ravine Chevaquine
Suite à cette première petite montée dans la rocaille et sans aucune ombre, j’ai enchainé une succession de descentes et de montées avant d’arriver à un petit col et de poursuivre par une longue descente rapide vers la ravine Chevaquine. Après deux heures de marche sous un soleil de plomb et une température de 32°, j’ai finalement atteint le site de Trois Roches où je suis arrivé à midi. À cet endroit, la Rivière des Galets que j’avais traversée la veille a dégagé et poli une dalle immense de basalte, ne laissant qu’une demi-douzaine d’énormes blocs erratiques sphériques. Une échancrure en aval de cette dalle « semblable à une femme allongée sur le dos, livrant son corps aux rayons caressants du soleil ! », laisse les eaux de la rivière se précipiter en fracas plusieurs dizaines de mètres plus bas.

Trois Roches
J’avais hâte de toucher l’eau. Je me suis installé à l’ombre des filaos et immédiatement mis dans le plus simple appareil pour barboter quelques minutes dans la rivière et me rafraichir. J’ignorais que cet endroit était populaire et facilement accessible par plusieurs pistes pour une ballade d’une journée, notamment depuis La Nouvelle où j’étais passé deux jours plus tôt. Trois jeunes femmes que je n’avais pas aperçues et qui piqueniquaient à une centaine de mètres en amont ont fini par faire comme moi… et vêtues de façon identique. Je me suis bien gardé de les rejoindre, il me fallait conserver toutes mes forces pour la seconde partie de cette marche.

Gros Minet
Après la baignade, et comme les jours précédents, je me suis contenté d’abricots séchés et d’amandes pour le déjeuner. Pendant tout le temps qu’a duré ce plantureux repas, j’ai été étonné de ne pas voir accourir un ou deux tec-tecs. Je n’ai pas tardé à en connaître la raison. J’ai d’abord entendu le miaulement avant de voir apparaître Gros Minet qui m’a tenu compagnie jusqu’à mon départ. Je n’ai aucune idée d’où il pouvait venir. J’ai regardé la carte et n’ai vu aucune habitation à moins de trois kilomètres à vol d’oiseau.

Les nuages avaient envahi le ciel lorsque j’ai repris la piste longeant la rivière et j’ai de nouveau fait la rencontre d’êtres à quatre pattes. Il s’agissait cette fois de bovins. Le premier à se présenter fut un veau. Il s’était placé en travers du sentier pensant sans doute m’impressionner. C’était sans compter sur le bâton de près de deux mètres qui me tient compagnie depuis mon départ de Saint-Denis. Il a dû l’apercevoir, car il s’est enfui à toutes pattes dans la colline adjacente. J’ai ensuite rencontré une famille avec le papa, la maman et son dernier rejeton se reposant tout en ruminant le long du cours d’eau. Puis ce fut un jeune taureau et finalement encore un autre, un peu plus vieux, juste avant de quitter la rive de la Rivière des Galets pour entreprendre la dernière montée de la journée vers Marla.

Sentier le long de la Rivière des Galets
Heureusement que pour cette dernière montée d’une Tour Eifel, le ciel s’était partiellement couvert de gros nuages gris et que la température était descendue à 27°, car elle fut longue et pénible dont une bonne partie effectuée dans le lit d’une ravine. J’avais beau me motiver en pensant à la bière bien fraiche qui m’attendait à l’arrivée, les jambes n’en avaient cure et refusaient de me porter plus loin. J’ai mis une bonne heure et demie et effectué une douzaine de pauses avant de finalement atteindre le plateau de l'îlet, avec une végétation encore pauvre puis quelques cultures et finalement les premières cases de Marla.

En guise de bière tant attendue et tant espérée, j’ai dû me contenter d’eau. Tout était fermé, incluant les gîtes. En ce 1er jour de la nouvelle année, le peu de boutiques que comptait cet îlet avait mis la clé sous le paillasson.

J’avais trouvé à me loger à Marla l’avant-veille de mon départ. Après avoir téléphoné dans tous les gîtes et essuyé refus après refus, je m’étais résigné à envoyer un mail à un ami de Cilaos avec qui j’étais monté au Piton des Neiges l’an dernier, et qui, depuis, avait déménagé à Djakarta. Originaire de Cilaos, il connaît bien cette région et y compte de nombreux amis. Il m’a donc répondu en me conseillant d’appeler un endroit dont il connaissait les propriétaires. J’avais déjà appelé, mais le fait de mentionner le nom de cet ami a eu l’effet de me faire obtenir le précieux sésame.

L’acceptation de m’héberger avait sans aucun doute été faite à contrecœur, car j’ai été reçu dans cet endroit comme un chien dans un jeu de quilles. Après avoir remercié la propriétaire d’avoir eu la gentillesse de m’accueillir en ce jour férié où le gîte était fermé, j’ai eu en guise de réponse la recommandation de lire la feuille de règlement à observer et que j’ai lue un peu plus tard. Le règlement comportait neuf points se résumant en gros à tout ce qu’on ne pouvait pas faire. Les interdictions étaient tellement nombreuses que j’ai oublié la première après être arrivé à la dernière. Il fallait par contre respecter la nature, l’eau précieuse (une nouvelle fois indiquée dans la salle de bain), les arbres fruitiers, les légumes, les petits oiseaux et je ne sais trop quoi encore. Des êtres humains dotés d’un semblant d’âme il n’en était nullement question.
 
J’ai pensé à Axel, le propriétaire de la Ti'kaz bleue à Roche Plate où j’avais passé le Réveillon, à son accueil et à son sens de l’hospitalité. Il fut un temps où ce sens de l’hospitalité était tellement pratiqué, que d’en faire manque était considéré comme une marque d’hostilité vis-à-vis du visiteur. Ici, je ne me suis même pas vu offrir un verre d’eau. 

J’avais été averti lors de mon appel téléphonique que je ne pourrais pas prendre de repas, mais qu’on trouverait certainement quelque chose à m’offrir. Nenni. J’ai attendu en vain et, vers 19h00, la propriétaire, dont l’accent indiquait qu’elle n’était ni Mafataise ni Réunionnaise, m’a dit que le petit déjeuner serait servi à partir de 7h30. Comme un des points du règlement interdisait de manger dans le dortoir, je lui ai demandé si je pouvais m’installer quelque part pour manger le peu de nourriture qu’il me restait. Elle m’a indiqué une table en plastique plantée dans le jardin sous une bâche. Il commençait à faire nuit, une brume humide s’était levée et la température était maintenant descendue à 16°. Le chien est venu me rendre visite pendant mon repas et je lui ai offert quelques morceaux du peu de saucisson sec qu’il me restait. Je me suis comporté envers cet animal sans âme de façon plus noble que ses propriétaires vis-à-vis de moi.

J’ai croisé le mari de la dame en allant me coucher. Il semblait sympathique, mais le mal était fait et je n’avais pas très envie d’engager la discussion. J’ai préféré aller dormir et oublier cette fin de journée. Demain serait un autre jour.

Aucun commentaire: